Dès le début de l’année 2000, La Fédération des Organisations Islamiques d’Europe (FOIE) avait estimé qu’il est nécessaire de rédiger une Charte pour les musulmans d’Europe qui énonce des principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam et explicite les bases de l’intégration des musulmans dans le cadre de la citoyenneté. « O hommes ! Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez » (Le Saint Coran, Sourat 49, verset 13)
Dès le début de l’année 2000,
La Fédération des Organisations Islamiques d’Europe (FOIE) avait estimé qu’il
est nécessaire de rédiger une Charte pour les musulmans d’Europe qui énonce des
principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam et explicite les bases
de l’intégration des musulmans dans le cadre de la citoyenneté.
La FOIE a alors chargé une commission de préparer un projet de Charte qui a été
par la suite discuté dans les différentes instances dirigeantes de la FOIE.
Puis, en janvier 2002, à Bruxelles, le projet fut présenté lors d’une réunion
plénière, aux délégués de très nombreuses organisations musulmanes européennes.
Après de fructueuses discussions et la prise en compte des amendements et
suggestions, la version finale actuelle fut adoptée et signée par des
institutions musulmanes dans 28 pays européens. (Voir annexe)
L’adoption et la signature de cette Charte demeurent ouverts
à toute autre institution qui décide d’y adhérer.
La présente charte précise un certain nombre de principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam dans le contexte européen. Aussi, se propose-t-elle, de consolider les bases d’un échange positif dans la société.
• L’apport de l’Islam dans
l’enrichissement de la civilisation européenne et la présence séculaire de
musulmans de souche européenne – plus particulièrement à l’Est de l’Europe – en
plus de la présence musulmane contemporaine.
• La nécessité de consolider une citoyenneté fondée sur la justice, l’égalité
des droits et la reconnaissance aux musulmans du statut de communauté
religieuse européenne.
• Le nécessaire rapprochement entre les musulmans d’Europe afin d’accompagner
et de soutenir l’élargissement et le développement de l’Union Européenne
• La consolidation des valeurs d’entente, de paix et de bien-être social, et le
renforcement des valeurs de modération, de dialogue et d’échange entre les
peuples et les civilisations loin de tout extrémisme et de toute
marginalisation..
• La place importante de l’Islam dans le monde et son potentiel humain,
spirituel et civilisateur nécessitent davantage de coopération et de
rapprochement entre le Monde musulman l’Occident en général, et l’Europe en particulier
afin de promouvoir la justice et la paix dans le monde.
Ces considérations ont conduit les institutions musulmanes européennes à
élaborer cette charte en vue de soutenir le rôle utile des musulmans en Europe
et d’établir des liens constructifs avec le Monde musulman.
1. Notre compréhension de l’Islam se réfère à de principales
règles immuables issues des sources authentiques de l’Islam : le Saint Coran et
la Sunna (tradition du Prophète), compréhension s’inscrivant dans une
acceptation consensuelle et prenant en considération
l’environnement contemporain et les spécificités de la réalité européenne.
2. La compréhension qui exprime l’essence même de l’Islam
est celle qui consiste à choisir le “ juste milieu ” dans le cadre des
objectifs universels de cette religion. Un “ juste milieu ” qui bannit l’excès
et le laxisme, qui concilie la guidance divine avec les lumières de la raison,
qui respecte le juste équilibre entre le besoin matériel et le besoin spirituel
de l’Homme et qui conçoit la vie comme une harmonie entre la recherche de
l’au-delà et le bien être d’ici-bas.
3. L’Islam, de par ses principes, règles et valeurs,
s’articule autour de trois domaines :
• Le dogme (al ‘aqidah) et ses six piliers : croire
en Dieu, en Ses Anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour dernier et au Destin.
• La législation (la Charia) qui concerne aussi bien le culte que les actes de
la vie courante.
• Les règles morales qui définissent la voie du Bien.
Ces trois domaines, liés et complémentaires, visent à favoriser ce qui est
profitable à l’Homme et à repousser ce qui lui est nuisible à titre individuel
et collectif.
4. Parmi les caractéristiques générales de l’Islam : sa
considération de la dimension humaine, sa souplesse législative et son respect
de la diversité des êtres humains.
5. L’Islam honore l’Homme, un honneur qui englobe aussi
bien l’homme que la femme sans distinction aucune. Cela exige sa protection
contre tout ce qui peut porter atteinte à sa vie, à sa dignité, nuire à ses
facultés mentales, attenter à sa santé ou exploiter sa vulnérabilité et sa
faiblesse pour le priver de ses droits ou l’agresser.
6. L’Islam accorde une importance particulière à la
dimension sociale et prône compassion, entraide, solidarité et fraternité.
Toutes ces valeurs s’appliquent en particulier aux droits des parents, des
proches et des voisins. Elles s’appliquent également aux droits des pauvres,
des nécessiteux, des malades et des personnes âgées sans distinctions de leurs
croyances et de leurs origines.
7. L’Islam, dans le cadre de la dignité humaine et du
respect mutuel, appelle à l’égalité entre l’homme et la femme. Il considère que
la vie équilibrée se construit sur la complémentarité et l’harmonie entre eux.
Il bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de
ses droits légitimes, quelles qu’en soient les justifications se référant à
certaines traditions, us et coutumes. L’Islam reconnaît à la femme son rôle
indispensable dans la société et s’oppose à son exploitation et à toute
approche la réduisant à un simple objet de plaisir.
8. L’Islam considère que la famille, unie et bâtie sur les
liens du mariage entre l’homme et la femme, est le berceau naturel dans lequel
seront élevées les générations futures. Elle est aussi la condition
indispensable au bonheur de l’Homme et à la stabilité de la société. Aussi,
l’Islam insiste-t-il sur la nécessité de prendre toutes les dispositions afin
de consolider l’édifice familial et le préserver de ce qui pourrait l’affaiblir
ou marginaliser son rôle.
9. L’Islam respecte les droits de l’Homme et appelle à
l’égalité entre les êtres humains. Il combat toutes les formes de
discrimination raciale, proclame la liberté, condamne la contrainte en religion
et laisse à l’individu le libre choix de ses croyances. Il recommande
cependant, dans sa vision équilibrée, que cette liberté obéisse aux valeurs
morales afin d’éviter les atteintes à l’intégrité personnelle ou d’autrui.
10. L’Islam appelle les hommes à se connaître et à œuvrer
pour le dialogue et la coopération entre les peuples et les nations, afin
d’assurer la stabilité et garantir la paix dans le monde. Le concept de Djihad,
tel qu’il est mentionné dans les textes islamiques, définit l’effort à fournir
dans la quête du Bien, à commencer par l’effort sur soi-même jusqu’à la
promotion de l’équité et la de justice entre les hommes.
L’acception du Djihad, en tant que combat armé, doit être comprise comme
l’ultime recours auquel peut faire appel un Etat souverain pour se défendre
légitimement contre toute agression armée. Ce que prévoit l’Islam dans ce cas,
n’est nullement différent du droit international.
En vertu de quoi, l’Islam refuse la violence et le terrorisme, soutient les
causes justes et reconnaît aux hommes la légitimité de défendre leurs droits
par les voies légales loin de toute partialité et de toute injustice.
11. L’Islam appelle le musulman à l’honnêteté et au
respect de ses engagements. Il lui interdit la trahison et la tromperie. Il lui
ordonne l’excellence et le respect dans ses rapports avec autrui ainsi qu’avec
toutes les autres créatures.
12. Compte tenu des vertus de la concertation (al shoura) et considérant les acquis de l’expérience humaine
dans les domaines de l’action politique, législative et constitutionnelle,
l’Islam reconnaît les principes du système démocratique fondé sur la liberté de
choisir ses institutions politiques et sur le respect du pluralisme et de
l’alternance pacifique du pouvoir.
13. L’Islam appelle l’Homme à l’exploitation responsable
du patrimoine naturel qui lui a été donné, dans le respect de l’environnement
et le devoir de le protéger de la pollution, de la dégradation et de tout ce
qui pourrait rompre l’équilibre naturel. Il recommande aussi de sauvegarder les
ressources naturelles, insiste sur la protection des animaux et interdit le
gaspillage et la dilapidation des richesses.
14. Les
musulmans vivant en Europe, par de là leurs différences ethniques et
culturelles, et la diversité de leurs rites et leurs appartenances aux
différentes écoles jurisprudentielles, constituent, dans le cadre des valeurs
fondamentales immuables de l’Islam, une entité unie dans la fraternité
islamique. Ils sont également liés, dans chaque pays européen, par leur
appartenance à la même entité nationale. Toute discrimination ethnique entre
eux est une entorse aux valeurs de l’union que prône l’Islam.
15. Considérant les principes fondamentaux de l’Islam et
les intérêts qu’ils ont en commun, les musulmans d’Europe sont appelés à œuvrer
pour se rencontrer, s’entraider et coordonner les efforts de leurs institutions
et leurs organisations.
Ceci n’interdit nullement particularismes et diversités, tant que ces
différences restent conformes aux principes immuables de l’Islam et demeurent
dans le cadre de la foi et des règles islamiques unanimement admises.
16. Tout en vivant leur appartenance aux différents pays
européens et tout en accordant la primauté aux exigences de la citoyenneté, les
musulmans d’Europe sauvegardent leur lien de fraternité avec tous les
musulmans. Il s’agit d’un lien qui s’inscrit dans le cadre des relations
naturelles entre membres d’une même communauté.
17. Les
musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de
les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à
tous les citoyens, de défendre leurs droits et d’exprimer leur opinion et leur
position, individuellement ou collectivement.
Ce droit à l’expression concerne aussi bien les problèmes spécifiques à la
communauté musulmane que ceux communs à tous les citoyens. Lorsque les lois en
vigueur s’opposent éventuellement aux pratiques et règles islamiques, les
musulmans sont en droit de s’adresser aux autorités pour expliquer leurs points
de vue et exprimer leurs besoins et ce, dans le but de trouver les solutions
les plus adaptées.
18. Les musulmans respectent le principe de sécularisation
fondé sur la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux. Ceci implique un
traitement équitable avec toutes les religions et garantit aux fidèles
d’exprimer leurs convictions et de pratiquer leur culte, individuellement et
collectivement, en privé et en public, conformément aux dispositions des droits
de l’Homme et des conventions en Europe et à travers le monde. De ce fait, il
est du droit des musulmans d’Europe en tant que communauté, de construire leurs
mosquées et leurs propres institutions cultuelles, éducatives et sociales. Il
est aussi de leur droit de pratiquer leur culte et de se conformer aux règles
de leur religion dans leur vie quotidienne en ce qui concerne les prescriptions
alimentaires et vestimentaires entre autre.
19. Les musulmans d’Europe en tant que citoyens européens
considèrent qu’il est de leur devoir d’œuvrer pour l’intérêt général. Ils
considèrent que l’exigence d’assumer leurs devoirs de citoyens est aussi
importante que celle qui consiste à défendre leurs droits. Ils considèrent
enfin, que la compréhension authentique de l’Islam exige du musulman d’être un
citoyen actif, productif et utile à la société.
20. Les musulmans en Europe sont appelés à s’intégrer de
manière positive dans leurs sociétés respectives, sur les bases d’un équilibre
harmonieux entre la préservation de leur identité musulmane et leurs devoirs de
citoyens. Toute intégration qui dénie aux musulmans le droit de sauvegarder
leur personnalité et d’exercer leur culte, ne sert en vérité, ni les intérêts
des musulmans, ni ceux des sociétés européennes auxquelles ils appartiennent.
21. Les musulmans d’Europe sont appelés à adhérer à la vie
politique générale de leurs pays en tant que citoyens actifs. La citoyenneté
véritable implique en effet l’engagement politique, à commencer par l’exercice
du droit de vote en passant par la participation aux institutions politiques.
Ceci serait facilité si ces institutions s’ouvraient davantage à l’ensemble des
membres et catégories de la société, une ouverture qui prend en compte toutes
les compétences et les idées.
22. Les musulmans en Europe vivant dans des sociétés où
coexistent diverses convictions religieuses et philosophiques, confirment leur
respect pour cette pluralité. Ils considèrent que l’Islam reconnaît le droit à
la diversité et à la différence, et ne cherche nullement à les restreindre.
Tout au contraire, il appelle à la connaissance mutuelle, à la coopération et à
la complémentarité entre les membres de la même société.
23. L’Islam, par ses principes humanistes
universels, adhère au rapprochement entre les hommes qui respecte les droits
des peuples et leurs particularismes et se conforme aux règles de justice dans
les échanges et la coopération entre les hommes, loin de toute idée de
domination et d’exploitation. Partant de ces principes, les musulmans en Europe
considèrent qu’il est de leur devoir de participer à la consolidation des
relations entre l’Europe et le Monde musulman. Cela exige de se libérer des
préjugés et des images négatives qui se dressent entre l’Islam et l’Occident afin
de construire des liens de rapprochement entre les peuples, et d’édifier des
passerelles d’échanges fructueux entre les civilisations.
24. L’Islam, par les valeurs humaines qu’il porte et les
expériences civilisatrices dont il est riche, peut à travers la présence
musulmane en Europe participer à la consolidation de la place des valeurs
utiles aux sociétés contemporaines telles que la justice, la liberté, la
fraternité, l’égalité et la solidarité. Il accorde la primauté à la dimension
humaine et morale dans le domaine social et celui du progrès scientifique,
technique et économique. Cette participation ne peut être que bénéfique et
enrichissante pour l’ensemble de la société.
25. La présence musulmane en Europe représente un élément
important dans l’établissement des liens de cohabitation et d’échange entre les
différentes religions et croyances, et ce, à travers, la promotion du dialogue
interreligieux et intellectuel. L’Islam appelle à ce dialogue et l’encourage
afin de préserver la paix dans le monde.
26. Les musulmans en Europe, par leur patrimoine religieux
et leur présence dans les différents pays européens, constituent un facteur de
consolidation aux efforts de rapprochement au sein de l’Union Européenne. Ceci
fera de l’Europe un pôle important de civilisation, capable – grâce à sa
richesse et à sa diversité religieuse et culturelle – de jouer un rôle
déterminant pour assurer l’équilibre dans le monde.
« O hommes ! Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez » (Le Saint Coran, Sourat 49, verset 13)